Le Fondateur de Gault&Millau Christian Millau est mort à l’âge de 88 ans

Clap de f(aim) pour Christian Millau : le critique gastronomique est mort à l’âge de 88 ans

Disparition - Critique gastronomique et fondateur du guide Gault & Millau – avec son compère Henri Gault, Christian Millau nous a quitté hier à l’âge de 88 ans. Impertinent et indépendant, le grand bonhomme n’a jamais eu la langue dans sa poche. Défricheur de talent et visionnaire de la gastronomie, il a été l'un des inventeurs de la Nouvelle Cuisine. Retour sur la vie d'un homme pas comme les autres qui a marqué, marque et marquera l’histoire de la cuisine française. (Texte : Clémence Rouyer)


Lundi 7 août 2017. 9h30, la nouvelle tombe à la rédaction du Gault & Millau. Christian Millau, l’éditorialiste, écrivain, critique gastronomique et fondateur du guide Gault & Millau avec son compère Henri Gault, est décédé hier, à l’âge de 88 ans.

 


Christian Millau, fondateur du guide Gault & Millau avec son compère Henri Gault est décédé hier, dimanche § août 2017 à l'âge de 88 ans.


Christian Millau, la cuisine jusqu'au bout de la langue
« Tu ne cuiras pas trop. » ; « Tu utiliseras des produits frais et de qualité. » ; « Tu élimineras les sauces riches. » ; « Tu ne truqueras pas tes présentations. » ; « Tu seras inventif. », … cette liste decommandements vous dit quelque-chose ? Elaborée par Christian Millau et Henri Gault dans les années 70 pour énoncer les principes de la Nouvelle Cuisine est encore aujourd’hui plus que d’actualité.
 
Impertinent et indépendant, Christian Millau n’a jamais eu la langue dans sa poche.Défricheur le talent, il sait faire la différence entre un plat d’exception et un mauvais amuse-gueule. A table, sa fourchette ne tremble jamais, tout comme son stylo lorsqu’il s’agit de livrer son ressenti : succulent, savoureux, exquis mais aussi, infâme ou détestable, il n’hésite pas à dire ce qu’il pense des adresses qu’il visite, n’en déplaise ensuite aux principaux intéressés.
 

Christian Millau, homme de goût et critique visionnaire

« Un bon cuisinier est un cuisinier qui fait sa propre cuisine et qui la mange. »

Christian Millau, fondateur du guide Gault & Millau

Partisan de la « vrai cuisine », il se bat pour mettre en avant ces chefs qui valorisent les produits qu’ils cuisinent, exercent une cuisson juste, retirent les sauces inutiles et distillent un assaisonnement fin et pertinent. De ses escapades gourmandes, le visionnaire défrichera les grandes toques de demain : Marc VeyratMichel GuérardPierre Gagnaire,Joël Robuchon, ou encore Alain Senderens – lui aussi décédé cette année, feront leurs premiers pas sous sa plume.

« Un bon cuisinier est un cuisinier qui fait sa propre cuisine et qui la mange. Je connais des cuisiniers qui ne mangent pas leur cuisine et qui s’en ventent. Un cuisinier, c’est un artiste, un artisan. Il faut qu’il soit fidèle à ses propres goûts et qu’il ne se laisse pas aller aux modes et aux couleurs du temps qui vont le faire dévier obligatoirement à un moment ou un autre. Je trouve qu’actuellement, on y assiste un peu trop souvent. Il faut faire ce que l’on a envie de faire. », confie Christian Millau lors d’une interview exclusive accordée à Côme de Cherisey en 2016, actuel propriétaire et directeur général du Gault & Millau.

Christian Millau, les prémices des guides gastronomiques
Plus que de mettre une note ou une toque devant un restaurant, Christian Millau souhaite donner envie aux lecteurs de s’y rendre. Une idée qui va donner naissance au guide Julliard en 1969 (du nom de la maison d’édition), puis au premier guide Gault & Millau en 1972. « Un restaurant c’est un théâtre, il faut donc donner l’envie au lecteur d’y aller. J’ai alors déposé l’idée de réaliser un guide de Paris. J’ai ensuite rencontré Henri Gault dans mon journal et c’est comme ça que nous avons réalisé le guide Julliard de Paris qui est devenu le best-seller de l’année. Nous en avions vendu 100 000 exemplaires. », précise Christian Millau à Côme de Cherisey.  
 
Aujourd'hui, le guide Gault & Millau perd un précurseur, un défricheur, un bon vivant, en bref, un toqué qui avait la cuisine dans la peau et pour qui, « les cuisines françaises » continueront toujours de faire parler d’elles encore longtemps.